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Pourquoi LES LIVRES APOCRYPHES sont-ils incorporés à la Bible en français courant ?

«La Bible ENFIN COMPLÈTE en français courant !»
Ainsi s’exprime le périodique «Bible et Actualité» publié par la Société Biblique Suisse pour annoncer la parution d’une édition de la Bible en français courant contenant les livres apocryphes. Or, si la publication de ces livres peut paraître opportune à certains, leur incorporation - pour ne pas dire leur assimilation - à la Parole inspirée de Dieu heurte profondément tous ceux qui sont attachés aux Saintes Ecritures. De surcroît, cette assimilation est malencontreusement encore accentuée lorsque ladite revue emploie, pour ces livres périphériques à la Révélation, la désignation de «Deutérocanoniques». Une désignation que la Contre-Réforme a introduite au XVIe siècle et qui peut signifier «nouveau ou second Canon» 1, autrement dit l’addition officielle d’écrits prétendument inspirés aux 66 livres de la Bible.

1 Le mot grec canon est lui-même emprunté à l’hébreu qaneh = roseau, mesure, canne (cp. Ezéchiel 40:3; Apocalypse 21:15). Il évoque donc l’étalon, l’unité de mesure, et par extension la règle de doctrine ou les normes de la foi. Les livres canoniques répondent donc à un critère bien défini, celui de l’inspiration, de l’inerrance et de l’autorité divines des Ecritures.

A ce propos, nous sommes heureux de publier ci-après la Déclaration de la FREOE (Fédération Romande d’Eglises et Oeuvres Evangéliques):
«La Fédération Romande d’Eglises et Œuvres Evangéliques regrette profondément l’inclusion dans la Bible précitée des livres apocryphes et plus encore leur classement sous l’appellation de «livres deutérocanoniques.»
Conformément au premier article de ses principes doctrinaux qui attestent «la divine inspiration et l’autorité souveraine des 66 livres de la Bible qui est la Parole de Dieu», la FREOE affirme de la façon la plus nette son attachement au Canon de l’Ancien Testament tel que l’ont homologué le Seigneur et les apôtres, que l’a entériné le judaïsme officiel (Conférence de Jamnia, fin du Ier siècle de notre ère), et que l’ont adopté les Eglises de la Réforme et les chrétiens évangéliques.
Elle croit que le fait de tenir cette position relève de la défense de la foi.»
Au nom du Conseil: Paul-André Dubois et Samuel Dind

En conséquence, il nous a paru opportun, compte tenu que les livres apocryphes ont fait l’objet de nombreuses controverses au cours de l’Histoire, de rassembler ici quelques éléments d’information à leur sujet. Et cela est d’autant plus indiqué que le professeur Henri Blocher, de la Faculté Libre de Théologie Evangélique de Vaux-sur-Seine, vient de publier dans le périodique «FAC réflexion d’octobre 1986» une étude fort bien documentée à ce propos. Notre frère a préparé cette étude antérieurement à l’annonce de la Société Biblique Suisse précitée, ce qui confère d’autant plus de poids aux déductions tirées. Aussi, avec son aimable autorisation, nous en prélèverons de larges extraits.

Sommaire approche des Apocryphes

Situons d’abord ces écrits contestés, qui ne font pas partie des 66 livres inspirés, bien que figurant dans les éditions catholiques de la Bible et dans la Bible œcuménique TOB. D’abord une première constatation s’impose: leur classification présente toujours des variantes, puisque ces livres sont, suivant les éditions, au nombre de neuf, onze, quatorze ou même dix-huit. Il s’agit donc de documents qui parfois se recoupent ou se regroupent différemment, si bien qu’ils ne paraissent pas toujours sous la même nomenclature et, en tous cas, jamais dans une présentation uniforme.

1 Macchabées, 2 Macchabées (175-135 av J.-C)
Récits historiques ou légendaires en rapport avec les luttes du peuple juif contre les rois de Syrie.

Tobie ou Tobit
Curieuse épopée d’un père aveugle (Tobit) et de son fils (Tobie) conduits par un ange du territoire de Nephthali jusqu’à Ecbatane (Médie).

Judith
Histoire légendaire d’une héroïne nationale juive s’introduisant dans le camp d’un général assyrien pour lui couper la tête.

Baruch
Cinq chapitres attribués au secrétaire du prophète Jérémie, qui prolongent son message.

Le Siracide, appelé aussi l’Ecclésiastique
Reflets de l’enseignement du maître d’une «école de sagesse», dispensé à Jérusalem au IVe siècle av. J.-C.

Le livre de la Sagesse
Traité de morale, attribué à un certain Salomon vivant à Alexandrie au 1er siècle av. J.-C.

Le Cantique des trois enfants saints (ou des trois jeunes gens)
C’est-à-dire Schadrac, Meschac et Abed-Nego, cantique généralement incorporé au chapitre 3 de Daniel.

L’histoire de Suzanne
Présentée en général sous forme d’un chapitre supplémentaire (13) au livre de Daniel.

L’histoire de Bel et le Dragon figure généralement dans un chapitre supplémentaire (14) au livre de Daniel.

La prière de Manassé
Œuvre lyrique de quinze versets, inspirée par 2 Chroniques 33:12-16, généralement incorporée à 1 Esdras, listé plus loin.

La lettre de Jérémie
Message destiné aux captifs de Babylone et abusivement attribué à Jérémie, publié dans certaines éditions après les Lamentations.

2 Esther (ou Esther, grec)
Rédaction complémentaire au livre biblique d’Esther, ajoutée ultérieurement pour pallier l’absence de mention du nom de Dieu, publiée soit à part (TOB) soit en caractères italiques au sein du livre biblique d’Esther (Bible de Jérusalem).

1 Esdras (appelé 3 Esdras dans les éditions où les livres bibliques d’Esdras et de Néhémie portent respectivement l’appellation 1 et 2 Esdras) Complément historique douteux des récits des captivités et du retour de l’exil.

2 Esdras (ou 4 Esdras, appelé aussi Apocalypse d’Esdras)
1 et 2 Esdras font partie des livres dits «pseudépigraphiques», écrits juifs rédigés entre 150 av. J.-C. et 100 apr. abusivement attribués à des auteurs connus comme Esdras.

3 Macchabées, 4 Macchabées
Récits fantaisistes sur la période antérieure à celle des Macchabées, ouvrages pseudépigraphiques non admis au sein des Deutérocanoniques par l’Eglise romaine.

Peuple juif et Apocryphes

Jamais au cours de sa longue histoire la nation d’Israël n’a reconnu une valeur canonique à cette littérature, dont elle revendique pourtant la paternité. C’est d’autant plus frappant si l’on songe à la teneur de certains passages propres à flatter l’orgueil national d’Israël ou à encourager la philosophie religieuse d’un peuple brimé par l’occupation ou la persécution.

Mais citons ici le professeur Henri Blocher:
«A la fin du Ier siècle de notre ère, les responsables des institutions officielles du judaïsme mettent un point final aux discussions sur la liste des livres saints, canoniques (de l’Ancien Testament). C’est l’œuvre des rabbins réunis à Jamnia (Yavnè[h]), après le désastre de l’an 70, Yohanan ben Zakkai avait obtenu de l’empereur Vespasien l’autorisation de réunir dans cette bourgade proche de Jaffa une «académie» ; elle a fait en 40 ans l’inventaire de l’héritage d’Israël et organisé la survie du judaïsme. Sur quelques livres, Esther et l’Ecclésiaste surtout, certains avaient hésité. On aboutit au total exact qu’on trouve dans les Bibles dites protestantes, comme Flavius Josèphe (Contre Apion, livre 1, chap. 8), on en compte 22, autant que de lettres dans l’alphabet hébreu — grâce à des regroupements (par exemple les 12 «Petits Prophètes» sont un seul livre), ou on en compte 24, comme l’Apocalypse d’Esdras (4 Esdras), en disjoignant Ruth des Juges et Lamentations de Jérémie. Les livres comme Tobie ou l’Ecclésiastique reçoivent le nom de livres «extérieurs». L’Académie de Jamnia ne pense pas créer le Canon. Elle résout les derniers doutes et sanctionne ce qui était acquis depuis un certain temps. Dès le IIe siècle av. J.-C., l’Ecclésiastique atteste les trois divisions du Canon de Jamnia (Siracide prologue v. 1-2, 8-10, 24-25; 39: 1-3); l’auteur ne dit pas clairement si la troisième section — les «autres» 2— est pour lui encore ouverte. A l’époque de Jamnia, les docteurs d’Israël n’admettent dans le Canon que des livres anciens composés au plus tard, à leurs yeux, sous Artaxerxès (465-423). En effet, l’ère prophétique est révolue depuis Malachie; malgré les manifestations sporadiques, l’Esprit de prophétie a ensuite déserté Israël. Cette conviction est attestée en plusieurs endroits du Talmud (compilation des traditions juives relatives à l’Ancien Testament), et par Josèphe qui fait de l’interruption de la succession continue des prophètes la raison de la clôture canonique; elle s’exprime déjà en 1 Macchabées (4:46, 9:27, 14:41).»

2 Autres livres ou autres Ecritures, nommés aussi «Psaumes» (Luc 24:44): ensemble des livres bibliques de l’Ancien Testament qui ne font partie ni de la loi ni des prophètes, appelé par les Juifs les Kethubim et en grec les Hagiographes.

Pères de l’Eglise et Apocryphes

Quoique les Juifs n’aient jamais reconnu comme canoniques ces écrits suspects appartenant à la période post-prophétique, il faut néanmoins constater qu’ils ont joui d’une certaine popularité - du moins pour certains d’entre eux - durant les premiers siècles de l’ère chrétienne. Leur incorporation progressive à la Version grecque des Septante de l’Ancien Testament ne pouvait, bien sûr que leur conférer une évidente notoriété puisque pendant des générations, les Juifs de la dispersion comme les chrétiens ont tiré de cette version grecque la sève de leur foi.
Dès le IVe siècle apparaissent les premiers codex, c’est-à-dire les premiers volumes ou les premières collections comprenant un ensemble de livres bibliques. Les Apocryphes y figurent partiellement, mais pas de manière systématique ou uniforme. Ainsi les trois grands Codex, Vaticanus, Sinaïticus (IVe siècle) et Alexandrinus (Ve siècle) contiennent ce qu’on appelait à l’époque les «livres extérieurs», mais alors que le Vaticanus n’inclut pas les livres des Macchabées, il comprend 3 Esdras; le Sinaïticus écarte Baruch mais ajoute 4 Macchabées, alors que l’Alexandrinus accepte en plus 3 Esdras, 3 et 4 Macchabées.

Au IIIe siècle, Julien l’Africain a blâmé Origène d’avoir prêché sur les «livres extérieurs», au IVe siècle, Athanase (367) et Cyrille de Jérusalem (375) s’en tiennent rigoureusement aux livres canoniques. Puis Jérôme montre ostensiblement du doigt ces écrits contestés en leur refusant toute appartenance aux livres canoniques. En effet, lui le premier les déclare Apocryphes, un terme qu’on a traduit par «cachés» ou «ajoutés», parce qu’ils sont suspects tant par leur origine que par leur prétendue valeur doctrinale. Toutefois à la même époque Augustin, très attaché à la légende de l’«inspiration» de la Version des Septante, combat l’opinion de Jérôme au sujet des Apocryphes et fait prévaloir ses idées au Concile de Carthage de 397 Une opinion dont hélas la récurrence fut tenace tout au long des siècles...

En publiant la Bible Vulgate latine (achevée en 405), Jérôme avait néanmoins établi clairement la différence entre livres inspirés et contes profanes. Son «Prologus Galaetus» dévoile les Apocryphes comme impropres à «confirmer l’autorité des dogmes ecclésiastiques». Or, ce Prologue a été copié des milliers de fois par les scribes chargés de transcrire la Bible Vulgate latine tout au long du Moyen Age. II est regrettable qu’au XVe siècle il ait été définitivement éliminé, notamment des premières impressions de la Bible Vulgate.


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