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Démission de la raison

Francis A. Schaeffer

Chapitre 7 - La raison et la foi

La rupture entre la foi et la raison entraîne plusieurs conséquences au-delà du cadre biblique: tout d'abord, sur le terrain de l'éthique. Il est, en effet, impossible d'établir une relation entre un christianisme irrationnel et la morale de la vie courante qui a besoin de normes. Ainsi, rien d'étonnant à ce qu'aujourd'hui soit jugé "chrétien" l'acte que la majorité dans l'Eglise, ou dans la société, considère comme tel à un moment donné. Impossible, en effet, d'avoir une morale objective dès lors que foi et raison sont totalement dissociées : le relatif est roi.

Autre conséquence: la législation d'un pays se voit elle-même privée de tout fondement. La Réforme a établi un système de lois reposant sur la conviction que Dieu s'est révélé concrètement dans les choses ordinaires de la vie. Dans l'ancien Palais de Justice à Lausanne, une magnifique peinture de Léo-Paul Robert (1851–1923) représente "La Justice instruisant les juges". Au premier plan de la fresque, l'artiste a peint plusieurs cas de litiges: une femme contre son mari, l'architecte contre le constructeur, etc. Léo-Paul Robert présente un procès en pays réformé et montre la Justice désignant de son épée un livre sur lequel sont inscrits les mots: "La loi de Dieu". Pour la Réforme, les lois ont un fondement. L'homme moderne quant à lui, non seulement rejette la doctrine chrétienne, mais supprime ce que nos pères considéraient comme fondement de la morale et du droit.

Troisième effet: le problème du mal devient "insoluble". La conviction chrétienne que la Chute est un fait historique, spatio-temporel, global, accompli par un être humain libre qui a délibérément décidé de se révolter contre Dieu, est abandonnée. Dès lors, il ne reste plus que l'affirmation saisissante de Baudelaire: "S'il y a un Dieu, c'est le diable", ou encore la déclaration d'Archibald Mc Leish, dans sa pièce intitulée J. B.: "Si Dieu est Dieu, il ne peut pas être bon, et s'il est bon, il ne peut pas être Dieu."
En dehors de la solution du christianisme – qui présente Dieu comme le Créateur d'un homme dont l'existence a un sens précis, dans une histoire qui va vers son achèvement, et le mal comme résultant de la révolte de Satan suivie, en un lieu précis, de celle de l'homme – nous ne pouvons qu'accepter, dans les larmes, le jugement formulé par Baudelaire. Dès que la réponse du christianisme historique est rejetée, il n'y a plus qu'à affirmer contre toute logique – par un "saut" au "niveau supérieur" – que Dieu est bon. Car, si nous pensons possible d'accepter la dichotomie entre les "deux niveaux" et, ainsi, d'échapper à tout conflit avec la culture et la mentalité modernes, nous nous illusionnons nous-mêmes et, rapidement, nous serons pris au même piège que nos contemporains.

Enfin, quatrième conséquence: en rejetant le christianisme du domaine de la raison – en le plaçant au "niveau supérieur" – nous renonçons à faire connaître l'Evangile à l'homme du XXe siècle aux prises avec une situation dramatique et à la recherche d'une solution qui l'en libère. Cet homme n'a pas accepté de plein gré la "ligne du désespoir" et la rupture du champ de la connaissance (les "deux niveaux"); il s'en accommode comme étant la conséquence normale de son rationalisme. Il fait bien le brave, parfois; mais, au fond, il est au désespoir.


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