La vision du Seigneur

Lire Esaïe 6:1-9.

1 L’année de la mort du roi Ozias, je vis le Seigneur assis sur un trône très élevé, et les pans de sa robe remplissaient le temple.
2 Des séraphins se tenaient au-dessus de lui; ils avaient chacun six ailes; deux dont ils se couvraient la face, deux dont ils se couvraient les pieds, et deux dont ils se servaient pour voler.
3 Ils criaient l’un à l’autre, et disaient, Saint, saint, saint est l’Eternel des armées! toute la terre est pleine de sa gloire!
4 Les portes furent ébranlées dans leurs fondements par la voix qui retentissait, et la maison se remplit de fumée.
5 Alors je dis, Malheur à moi! je suis perdu, car je suis un homme dont les lèvres sont impures, j’habite au milieu d’un peuple dont les lèvres sont impures, et mes yeux ont vu le Roi, l’Eternel des armées.
6 Mais l’un des séraphins vola vers moi, tenant à la main une pierre ardente, qu’il avait prise sur l’autel avec des pincettes.
7 Il en toucha ma bouche, et dit, Ceci a touché tes lèvres; ton iniquité est enlevée, et ton péché est expié.
8 J’entendis la voix du Seigneur, disant, Qui enverrai-je, et qui marchera pour nous? Je répondis, Me voici, envoie-moi.
9 Il dit alors, Va, et dis à ce peuple, Vous entendrez, et vous ne comprendrez point; Vous verrez, et vous ne saisirez point.

Au cours de ces dernières années, le Seigneur a permis que nous passions par diverses épreuves. C'est dans les heures de difficulté et de tristesse que nous avons expérimenté sa présence. Ces moments-là ont permis que nos yeux s'ouvrent pour voir et contempler le Seigneur. Nous aimerions partager avec vous quelques réflexions sur ces expériences bénies.
Dans le texte sus-mentionné, je soulignerai spécialement ces mots: «...je vis le Seigneur».

1. Voir le Seigneur: une nécessité absolue pour tout serviteur de Dieu

Considérant ce que nous enseignent l'Ancien et le Nouveau Testament, nous découvrons que cette vision du Seigneur fut l'expérience de beaucoup d'hommes de Dieu, tels Abraham, Jacob, Moïse, Josué, Ezéchiel, Pierre, Paul, Jean, et d'autres encore. Cette vision a changé le cours de leur vie et de leur service. Esaïe était déjà engagé dans son ministère de prophète quand il a eu cette vision du Seigneur glorifié, assis sur son trône, et qu'il a écrit ces paroles extraordinaires: Je vis le Seigneur.
Juda continuait à vivre dans l'apostasie et le péché, malgré l'exemple du châtiment de Dieu sur Israël qui venait d'être déporté par les Assyriens (2 Rois 16 et 17). Esaïe avait besoin d'un puissant encouragement pour continuer son ministère. Cet encouragement lui fut donné par la vision du Seigneur glorifié.



Tirons la leçon pour nous-mêmes; dans ces derniers jours terriblement difficiles, il nous est impossible de servir notre Seigneur avec puissance et fruits sans cette vision claire de sa personne bénie. Que de choses, cependant, peuvent nous voiler sa face! Ce n'est pas nécessairement le péché qui nous la cache. Notre service pour lui, notre église, notre propre ministère peuvent nous cacher sa face... «Courons avec persévérance dans la carrière qui nous est ouverte, ayant les regards sur Jésus, qui suscite la foi et la mène à la perfection» (Hébreux 12:1-2).

2. En quoi consiste cette vision du Seigneur

Premièrement, il faut préciser qu'il ne s'agit pas d'une vision empreinte de mysticisme ou d'extase. Les prophètes et les apôtres eurent ce genre de vision, car la révélation écrite n'avait pas encore été donnée. Aujourd'hui, nous avons le privilège de posséder une Bible complète. C'est donc dans les Ecritures que nous pouvons contempler la face du Seigneur. Pour cela il faut prendre tout le temps nécessaire, entrer dans le lieu secret et fermer la porte. Là, dans la quiétude, il nous montrera toute sa souveraineté, sa gloire et sa sainteté.

a) La souveraineté de notre Seigneur

Esaïe vit le Seigneur «assis sur un trône très élevé». Ce trône représente l'autorité suprême, la souveraineté absolue du Seigneur. Celui qui est assis est «le Roi, l'Eternel des armées» (v. 5). Nous avons besoin d'entendre ce qu'il a affirmé à Paul: «Ma grâce te suffit, car ma puissance s'accomplit dans la faiblesse». Mais nous avons aussi besoin d'entendre ce qu'il a dit à ses disciples, lorsqu'il leur a donné ses dernières instructions avant de les quitter: «Tout pouvoir m'a été donné dans le ciel et sur la terre» (Mt 28:18). Nous sommes donc revêtus de l'autorité du Roi des rois et Seigneur des seigneurs. Ayant la vision du souverain Roi, nous prendrons conscience de notre faiblesse extrême. Alors seulement il pourra oeuvrer par la puissance qui agit en nous (Ep 3:20).

b) La vision de la gloire ineffable du Seigneur

«Les pans de sa robe remplissaient le temple. Des séraphins se tenaient au-dessus de lui [...] Toute la terre est pleine de sa gloire» (v. 1-3). C'est ainsi qu'Esaïe décrit la gloire de Dieu. D'autres ont eu le privilège de contempler cette même gloire, entre autres Daniel, Ezéchiel et Jean.
Nous ne pouvons pas servir Dieu sans être saisis de la vision de sa gloire. Notre Seigneur s'est abaissé à l'extrême. Il a quitté la gloire qu'il avait auprès de son Père, il s'est humilié lui-même, a étendu ses bras pour être cloué sur la croix comme un infâme malfaiteur, et maintenant «nous le voyons couronné de gloire et d'honneur» (Hé 2:9). En contemplant notre Seigneur glorifié, «nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire, par l'Esprit du Seigneur» (2 Co 3:18). Nous le servirons en lui rendant toute la gloire qui est due à son nom.

c) La vision de la sainteté de Dieu

De tous les attributs divins, c'est celui qui devrait le plus nous impressionner et nous faire trembler. C'est le seul qui est répété trois fois: «Saint, saint, saint...». Dieu est infiniment puissant, mais jamais nous ne rencontrons dans les Ecritures la triple répétition de cet attribut. Il en est de même pour son amour insondable et d'autres de ses glorieux attributs. Dieu est trois fois saint. Il est absolument séparé de tout ce qui pourrait ternir sa gloire, maculer sa pureté absolue. Les trois personnes de la Trinité sont saintes: le Père est saint (Jn 17:11), le Fils est saint (Luc 1:35), l'Esprit est saint (Jn 14:26). Dans le ciel tout est pur, et les quatre êtres vivants font chœur avec les séraphins pour proclamer jour et nuit: «Saint, saint, saint est le Seigneur Dieu, le Tout-Puissant, qui était, qui est, et qui vient» (Ap 4:8). Dieu a voulu qu'un livre entier soit écrit sur sa sainteté et sur la sainteté du service et des sacrificateurs: le Lévitique. Lisons et méditons ce qui est écrit sur la sainteté, la séparation, la sanctification que Dieu exige de nous, ses serviteurs: "Je suis l'Eternel, votre Dieu; vous vous sanctifierez, et vous serez saints, car je suis saint" (Lé 11:44). La vision de la sainteté de Dieu devrait non seulement nous faire trembler, mais aussi nous pousser à l'adoration. «Adorez le Seigneur dans la beauté de sa sainteté; tremblez devant lui, vous toutes les terres» (Ps 96:9, selon la version portugaise).

3. La vision de notre cœur tortueux

Ayant cette vision de la glorieuse sainteté de Dieu, nous nous exclamons, horrifiés, comme le prophète Esaïe: «Malheur à moi! je suis perdu, car je suis un homme dont les lèvres sont impures...» (6:5).
Lèvres impures... pourquoi? comment? «C'est de l'abondance du cœur que la bouche parle» (Lu 6:45). «C'est du cœur que viennent les mauvaises pensées, les meurtres, les adultères, les débauches, les vols, les faux témoignages, les calomnies» (Mt 15:19).
La vision du Seigneur glorifié révèle le triste état de notre cœur: «...tortueux par-dessus tout, méchant...» et comme le décrit si bien le texte portugais : «trompeur plus que toute autre chose, et désespérément corrompu» (Jé 17:9).
Oui, nos lèvres sont impures parce que par elles nous critiquons, nous mentons, nous calomnions nos frères, nos sœurs, nos compagnons de service. «Eternel, mets une garde à ma bouche, veille sur la porte de mes lèvres» (Ps 141:3). Ce péché de la langue doit être confessé, abandonné, extirpé du milieu de nous. Un véritable et sincère esprit de repentance doit passer sur nous et sur nos assemblées. Comme Esaïe, nous devons aussi nous associer au péché de notre église: «...car j'habite au milieu d'un peuple dont les lèvres sont impures». Posons-nous sincèrement la question: De quoi notre cœur est-il rempli? Ne devrait-il pas être rempli de l'Esprit? Ep 5:18.

4. La vision de la croix de Golgotha

Après avoir confessé ses péchés et ceux du peuple, le prophète a vu l'autel du sacrifice où l'Agneau a été immolé pour lui. La braise ardente a été déposée sur ses lèvres, et il a entendu ces mots: «...ton iniquité est enlevée, et ton péché est expié » (6:7). C'est aussi ce que l'apôtre Jean affirme: «Si nous confessons nos péchés, il (Dieu) est fidèle et juste pour nous les pardonner, et pour nous purifier de toute iniquité [...] Le sang de Jésus son Fils nous purifie de tout péché» (1 Jn 1:9,7). Prenons le temps de contempler l'Agneau de Dieu qui a été immolé pour nous avant la fondation du monde. Contemplons sa face ensanglantée, son front couronné d'épines, ses mains et ses pieds percés, son corps courbé sous le poids de nos péchés. La croix est la source de toute grâce. Elle devrait inspirer notre service et être le centre de nos prédications. C'est au pied de la croix que, non seulement nous recevons le pardon de nos péchés, mais aussi la puissance pour témoigner (1 Co 1:18).

5. La vision du monde perdu

Purifié de son iniquité, Esaïe entendit ensuite la voix de son Dieu souverain lui demandant: «Qui enverrai-je, et qui marchera pour nous?» Cette même question nous est posée. Le monde se perd dans le péché. L'humanité sans Dieu et sans espérance, dans une course effrénée, s'achemine vers la perdition éternelle, vers l'enfer de feu de soufre. La vision de la gloire de Dieu doit ouvrir nos yeux sur la misère spirituelle de ce monde. Cette vision doit remplir nos cœurs de l'amour de Christ et nous pousser à la recherche des perdus. Nos cœurs devraient être émus de compassion (Mt 9:36). S'ils ne vibrent pas comme celui du bon Berger, il y a quelque chose de faux en nous. Recherchons sa face, jusqu'à ce que nous puissions dire sincèrement: «Me voici, envoie-moi» (Es 6:8). Alors nous irons vers ce peuple avec le message de Dieu.
Esaïe avait reçu un message dur, de condamnation: «Va, et dis à ce peuple: Vous entendrez, et vous ne comprendrez point» (v.9). Beaucoup, certainement, ne comprendront pas notre message. Mais ce chapitre se termine par une note d'espérance, une promesse merveilleuse: «Une sainte postérité renaîtra de ce peuple.»

Frédy Gisiger