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Pensée du mois • novembre 2017

Fatigué, fatigué...

Tous les mouvements naturels de l’âme sont régis par des lois analogues à celles de la pesanteur matérielle. La grâce seule fait exception. Il faut toujours s’attendre à ce que les choses se passent conformément à la pesanteur, sauf intervention du surnaturel.
- SIMONE WEIL. La pesanteur et la grâce

Pesanteur : Nom féminin. Caractère de ce qui est lourd. Force qui attire les corps vers le centre de la Terre.

Il me semble que l’humanité entière est fatiguée, plus que fatiguée, épuisée… Nous sommes une race fatiguée, qui portons un fardeau écrasant.
- HENRI NOWEN. Journal de la dernière année.

Novembre. La lumière perd quotidiennement du terrain, dans le combat permanent qu’elle mène pour résister à la nuit. Les ténèbres grignotent et s’approprient chaque jour quelques minutes de plus. Nous avons beau savoir que ce n’est qu’un revers temporaire, que Noël annoncera bientôt un renversement de situation, que le printemps reviendra…il n’en reste pas moins vrai que le début de l’hiver pèse sur nous. Il est plus difficile de se lever le matin, on est plus pressés de fermer les volets le soir. La fatigue nous guette, elle profite de la débâcle du soleil pour appuyer sur nos épaules ses mains de plomb.
Et pourtant, cette « fatigue » saisonnière n’est rien comparée à celle, encore plus éreintante, qui s’abat parfois sur nos âmes. Lorsque nous faisons le choix de la lucidité, lorsque nous refusons les antalgiques qui masquent la douleur sans en supprimer la cause, lorsque nous faisons face en toute sobriété à notre incapacité à nous améliorer, à nos échecs répétés, à nos blessures qui refusent de cicatriser, à nos relations détériorées que nous n’arrivons pas à réparer, à un futur incertain conduisant à une fin certaine… Lorsque l’interminable liste de toutes ces noirceurs nous tire vers le bas, lorsque la pesanteur nous pousse inexorablement vers le centre de la Terre — cette terre où nous retournerons, et qui nous rappelle, en murmurant cyniquement dans le noir, qu’elle gagne toujours — la fatigue devient insupportable.
Alors que j’écris ces lignes, seul dans le silence de mon bureau, et que mes doigts lourds s’écrasent sur mon clavier, il me semble entendre votre indignation à mon égard : « Et tu penses que ce genre de réflexion va nous faire du bien ? Tu t’imagines que verser de l’encre noire sur un décor gris peut nous aider ? »
Accordez-moi encore quelques secondes d’attention… Loin de moi l’idée de vous « fatiguer » un peu plus, mais rappelez-vous que le plus bel écrin pour les pierres précieuses est souvent taillé dans le plus sombre des velours.
Lorsque notre âme, accablée de fatigue, ne peut même plus lever le petit doigt pour tenter de s’en sortir, il nous reste la grâce. Au lieu de lutter contre la pesanteur, de tenter encore de nous relever, dans un ultime baroud d’honneur, de remonter vers la surface en plantant nos ongles dans le sol, de nous faire violence pour « y arriver », nous pouvons tout simplement nous laisser tomber. Relever le défi de la chute libre, sans parachute et sans élastique, la chute libre-ment consentie dans Ses bras bienveillants. Car Il est tout autant présent dans les ténèbres que dans la lumière1. Il n’y a pas de haut et de bas dans la géographie de Son amour2.
Nous pensons souvent, à tort, que seuls nos exploits et nos réussites sont des vitrines dignes de notre Dieu. Mais la confiance manifestée lorsque nous acceptons la chute dans le noir, en espérant qu’il nous rattrapera en vol, est un bien meilleur témoignage de sa grandeur. Dans la victoire, nous nous croyons modestes en partageant avec lui le mérite de nos succès ; mais dans la « chute » vers lui, il n’y a plus de faux semblants, plus d’orgueil camouflé, seulement un cri de surprise et de soulagement. Nous pensions nous fracasser sur d’horribles rochers tranchants et nous sommes réceptionnés, en douceur, sur un superbe édredon de plumes. Édredon qui se transforme en tapis d’Aladin pour nous emmener, à vitesse supersonique, vers des sommets ensoleillés au-delà des saisons, des nuages, du froid et de l’apesanteur. Un traitement 100 % surnaturel à l’huile essentielle de grâce, qui guérit instantanément toute forme d’asthénie.
Moralité : En novembre, si tu es fatigué, laisse (toi) tomber !

Philip

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1 Psaume 139. 7 à 12
2 Éphésiens 3. 17 à 19

© Tous droits réservés.
Philip Ribe: www.philip-ribe.com

 


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