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Pensée du mois  •  mars 2016

Les paradoxes...

Mon paradoxe c'est de prier lorsque je n'ai plus foi en rien...
- SÉBASTIEN FAUVEL 

Le Christianisme dans son essence, et c'est sa paradoxe grandeur, est une doctrine de l'injustice. Il est fondé sur le sacrifice de l'innocence et l'acceptation de ce sacrifice.
- ALBERT CAMUS

Et aussitôt, le père de l'enfant, en larmes, s'écria, je crois, mais viens au secours de mon incrédulité !
- MARC 9.24

Être humain, c'est vivre avec des paradoxes. Cela ne nous gêne pas vraiment tant que nous n'essayons pas de les rationaliser. Mais si nous nous arrêtons pour réfléchir cinq minutes, cela devient compliqué...
Nous avons été créés par un Dieu, qui nous annonce, sans explications, qu'il n'y a qu'un seul Dieu, mais qu'Il est trois, un Dieu qui s'incarne pour être, en même temps et dans un même corps, pleinement Dieu et pleinement homme, un Dieu qui proclame que rien n'échappe à son contrôle et à sa volonté, mais qui nous dit que nous sommes entièrement libres de le choisir ou de le rejeter. Un Dieu dont la justice est si acérée qu'elle ne peut pardonner sans qu'un coupable soit jugé et exécuté, mais un Dieu dont l'amour infini ne peut accepter que le véritable coupable soit condamné...

À cela vient s'ajouter, beaucoup plus lourde à porter, la liste interminable de nos propres paradoxes. Nous disons haut et fort combien nous sommes heureux de cette vie qui nous attend dans l'éternité, mais nous mettons toute notre énergie à nous accrocher à notre petit caillou dans l'espace. Nous chantons que notre Dieu est tout pour nous, mais nous peinons à lui accorder plus de cinq minutes par jour. Nous chérissons plus que tout la liberté, mais nous repoussons avec mépris la responsabilité qui est pourtant sa sœur siamoise, au point qu'en réalité, l'une ne peut exister sans l'autre. Nous croyons, mais nous sommes pétris de doutes et d'incrédulité...
Nous ne pouvons, s'il nous reste un brin d'honnêteté, ignorer ces incohérences, tout en étant incapables de les éradiquer, ce qui n'est, après tout, qu'un paradoxe de plus.

Il nous faut accepter, à défaut de comprendre, que ces tensions sont peut-être l'un de moteurs de l'existence, comme le flux électrique qui ne peut circuler sans la tension entre le plus et le moins. Heureusement pour nous, il existe un espace qui libère de tous les paradoxes, pas en les éliminant ou en les expliquant, mais en supprimant la tension et la pression.

Ce n'est pas par hasard si notre foi est symbolisée par une croix. À l'intersection de tous les paradoxes, l'amour s'est donné. À ce point précis où toutes les tensions se sont concentrées, dans ce terrible choc entre la justice et l'amour, entre le mal et la sainteté, entre l'esclavage et la liberté, là, à ce croisement des destinées de Dieu et de l'humanité, l'amour s'est manifesté. C'est là que nous pouvons, chaque fois que nous le désirons, aller nous reposer. Détendre pour un instant notre âme crispée par les paradoxes, les incohérences, la violence de l'existence. Dans le repos parfait de l'apesanteur que génère son amour sans commencement ni fin, nous pouvons laisser tomber nos frustrations, nos colères, nos découragements et simplement « flotter », nous laisser bercer par la plénitude de paix que produit sa présence qui n'explique pas tout, mais qui nous accueille sans condition. Nous y sommes si bien que nous nous demandons à chaque fois — pourquoi est-ce que je ne viens pas plus souvent ? — et pourtant nous pouvons laisser filer tellement de temps avant d'y revenir... Ne serait-ce pas là, un paradoxe de plus ?

Paradoxalement vôtre, et donc, tellement mien...

Philip

© Tous droits réservés.
Philip Ribe: www.philip-ribe.com 


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