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Jeannot pendant la guerre - On a faim!

Après l'effroyable bombardement, certaines rues de Saint-Etienne n'existent plus. Mais la maison qui abritait nos amis n'a pas été touchée. Elle devient un poste de premiers secours. Il n'y a plus d'eau: les conduites ont été coupées. Il faut s'organiser tant bien que mal. Souvent Etienne et Jeannot vont remplir des seaux un peu plus loin. Que de gens en détresse ils rencontrent partout! Tous les regards sont tristes. Même dans le cœur des petits, la joie a disparu...

Les avions peuvent revenir. Il faut absolument faire quelque chose pour soustraire les enfants au terrible danger des bombardements. Les autorités de la ville prennent des mesures d'urgence. Les écoles de la banlieue se transforment rapidement: une classe devient cuisine, une autre infirmerie, et la salle de gymnastique prend bientôt l'aspect d'un immense dortoir. On ouvre de vastes camps d'enfants. Les départs s'organisent. On conseille aux parents d'accepter la séparation qui permettra de mettre à l'abri tant de jeunes écoliers.

Voilà soudain Jeannot et son petit frère transplantés dans une maison groupant plusieurs centaines d'enfants. Les premiers jours, ils sont complètement dépaysés. Imaginez! A six et huit ans, se trouver parmi tant de personnes inconnues, et ne plus rien posséder de la maison qu'une petite valise!

Aux repas, on mange, mais c'est trop vite avalé. Alors on s'arrête parce qu'il n'y a plus rien. Le grand air excite l'appétit, mais les restrictions n'arrangent pas les choses. A tour de rôle, les plus maigres ont le droit de lécher une casserole à la cuisine. Jeannot y va souvent, mais Etienne, un peu plus rondelet, n'a pas ce privilège malgré sa faim jamais satisfaite. Avoir l'estomac creux, c'est dur quand on est loin de la maison.

Le pire moment pour les deux enfants, c'est quand ils entendent au-dessus d'eux les gros avions chargés de bombes. Chaque fois, Etienne vient se serrer contre Jeannot:
– Tu crois qu'ils vont faire du mal à papa et maman, cette fois?
De leur côté, Lydie et Jean sont inquiets: les deux chers petits sont-ils entourés d'affection?

Un jour, une lettre arrive de la banlieue. Sur l'enveloppe, ils reconnaissent l'écriture de Jeannot. Vite on ouvre. Etienne aussi a écrit.
Malgré les fautes, ce message en dit long : «Chèr papa, chèr maman, on a fin. On è bocou pour mangé. Dé foi Jeannot va o caserol mé pas moi. On a len nui. Vené nou cherché vite, vite. On vous zembrace for. Etienne.»

Une semaine plus tard, les deux enfants sont de retour à la maison.
– Tu sais, maman! On aime mieux manger tous les jours des navets, et entendre les sirènes, mais au moins être chez nous!

Texte: Samuel Grandjean


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