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Le coup de téléphone...

Genovieva 28e épisode

Ce soir, quelques personnes sont réunies en secret. Ce sont des chrétiens connus pour leur courage. Genovieva est là. Silvia aussi. C'est la jeune guitariste qui accompagne si bien le choeur.
– On nous limite de plus en plus dans nos activités. Plus le droit de faire ceci, défense de faire cela... Il nous faut réagir, mais comment?
– Ce que les autorités redoutent le plus, c'est que nous parlions de notre situation à l'Europe libre.
– Eh bien, écrivons une déclaration pour la défense des droits des chrétiens de Roumanie. Signons à plusieurs. Et envoyons une copie à notre gouvernement!

Cette démarche est hardie. Mais après avoir prié, les croyants réunis décident d'agir ainsi. C'est donc ce qu'ils font.

La réaction ne tarde pas. Comme chacun des autres signataires, Genovieva reçoit un avis de la police. Au plus vite elle doit se présenter au commissariat de son quartier.

– Vous êtes accusée d'avoir signé une lettre contre l'Etat, entend-elle. Nous devons vous interroger. Demain matin à huit heures, présentez-vous à la Centrale de la Securitate!

Que va-t-il se passer? Pour chacun des courageux signataires, cela pourrait signifier jusqu'à vingt ans de prison!
Mais ce soir, Genovieva est à la maison, avec sa famille et plusieurs amis chrétiens. Ensemble, ils supplient Dieu. N'est-ce pas dans l'intérêt de tous les croyants que cette démarche a été tentée? Et Dieu n'est-il pas tout-puissant pour protéger les siens? Le lendemain matin, il faut partir. Accompagnée de son frère, Genovieva quitte la maison...
– Regarde, c'est ici! dit bientôt le jeune homme en désignant discrètement de la tête un imposant bâtiment de trois étages. C'est le quartier général de la Securitate, pour la ville et pour toute la province! Que se passe-t-il derrière les rideaux de toutes ces fenêtres étroites? On peut se le demander! Depuis une heure déjà, Genovieva est seule dans un bureau du sous-sol, seule en face d'un policier qui la questionne et note tout ce qu'elle dit. Puis entre un deuxième agent. Il libère le premier. On reprend tout depuis le début. Mais contrairement au premier, cet homme élève la voix et se montre agressif, même violent. Plus tard, un troisième arrivera... et cela jusqu'à huit heures du soir, sans que personne ne se soucie de donner à Genovieva la moindre chose à boire ou à manger. La pauvre est épuisée.
– Nous arrêtons là! entend-elle enfin. Rentrez chez vous et soyez ici demain matin à huit heures!

Silvia vient de subir le même sort. Les deux amies se retrouvent maintenant chez les parents de Genovieva. Avaler quelque chose... en ont-elles encore envie? Elles sont plutôt pressées de raconter ce qu'elles viennent de vivre. Soudain, Silvia se tourne vers l'un de ses camarades.
– Victor, lui dit-elle, garde précieusement ce numéro de téléphone. C'est celui de mes amis en Angleterre. Appelle-les dès que possible. Il faut absolument que le monde libre sache ce qui se passe ici!
Victor est devenu tout pâle.
– Tu sais, Silvia, que la plupart des conversations téléphoniques sont écoutées par la police secrète. Cette démarche peut signifier de graves ennuis pour moi. Je ne sais pas encore comment je vais m'y prendre, mais j'essaierai. D'accord, tu peux compter sur moi!

La journée suivante, pour Genovieva les interrogatoires se poursuivent, toujours avec d'autres inspecteurs...
Tôt le matin, Victor se décide:
– Je prends de gros risques en appelant l'Angleterre. Mais le sort de plusieurs amis est en jeu. Il faut tout faire pour les aider.
Par prudence, Victor évite d'appeler de chez lui. Quand il décroche le récepteur, tout est prêt: un texte en anglais, une liste de noms... ceux des chrétiens que l'on vient d'arrêter pour les soumettre à ces interminables interrogatoires.

Lentement, le numéro est composé... Chez l'abonné anglais, la sonnerie retentit. On décroche. Victor lit son texte, aussi vite que possible. Il prend pourtant le temps d'épeler chaque nom de sa liste... Il précise aussi que certains de ces croyants ont été battus.

Le même soir, comme d'habitude Victor ouvre la radio pour écouter l'émission anglaise destinée à la Roumanie. Qu'entend-il tout à coup? Non, ce n'est pas possible... si tôt après son coup de fil? Et pourtant cela correspond bien: "Dans le nord-est du pays, pour avoir écrit un manifeste dénonçant l'atteinte à leurs libertés, plusieurs chrétiens ont été arrêtés. Ils sont soumis à de longs interrogatoires." Puis il entend la liste des noms, telle qu'il l'a donnée il y a quelques heures. Le pauvre Victor est pris de panique. Désormais, il peut s'attendre à être arrêté, lui aussi, d'un moment à l'autre!

Le lendemain matin, Genovieva retourne au quartier général de la Securitate. Les interrogatoires reprennent. Mais cette fois, notre amie se trouve en compagnie de policiers nerveux et visiblement contrariés.
– Qui a fait savoir à l'étranger ce qui se passe ici? lui demande-t-on à brûle-pourpoint.
– C'est à vous de le savoir! répond calmement Genovieva. Moi, j'étais tout la journée ici avec vous.

Entre les mains de la police, que vont-ils devenir, ces chrétiens courageux? Devront-ils connaître, pendant de longs mois, les sombres murs d'une prison? Non, car à l'étranger, l'opinion publique est alertée. Et puis...
Ce soir de mars, Genovieva vient d'arriver chez elle, exténuée après une journée de plus à la Securitate. Et demain, les interrogatoires reprendront Il est 21 heures. En ce moment-même dans les sous-sols du sinistre bâtiment, des chrétiens sont battus. Mais soudain, un bruit sourd accompagne de curieuse secousses qui ébranlent toute la ville.

Un tremblement de terre! Il y a de gros dégâts, et hélas, plusieurs centaines de morts. Courant dans tous les sens, affolés, les policiers décident de libérer tous les chrétiens arrêtés.

Et Victor? Jamais il ne sera inquiété. Sans doute son appel téléphonique a-t-il échappé aux contrôles. En réalité, Victor porte un autre nom, mais, comme il habite toujours dans cette ville, par prudence nous avons évité de révéler ici sa vraie identité.

Texte: Samuel Grandjean


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