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Un enfant disparaît

Genovieva 14e épisode

Dans le pays, les choses vont mal. On a faim. Partout, c'est la méfiance. On ne parle plus. Tous les regards sont tristes. Mais quand des chrétiens peuvent se retrouver, quelle joie!
L'église sert toujours de refuge à Genovieva, mais elle continue d'être prudente, surtout quand elle est obligée de s'aventurer dans la rue. Alors elle commence par entrouvrir la porte. Vite, un rapide coup d'œil. A droite, personne ne semble surveiller. A gauche, aucune voiture suspecte... Elle peut se risquer à sortir...

Aujourd'hui, c'est lundi. Pas question d'aller prendre un peu d'air. Hier soir, le choeur des enfants a chanté. La salle était pleine, malgré la pluie. Les gens étaient venus de partout, même de la campagne. Mais que de terre les souliers crottés ont laissée sous les bancs! Il faut tout nettoyer. Genovieva le fait bien volontiers.
Soudain quelqu'un frappe. La porte s'ouvre en même temps... Sur le seuil, une famille, entourée de sacs et de valises. C'est le jeune pasteur qui arrive à Iasi pour apporter de l'aide.
– Bonjour, Genovieva! dit-il avec un grand sourire. Enfin nous sommes là! Maintenant, nous allons partir à la recherche d'un logement. Mais sans bagages! Ce sera plus facile. Nous les laissons ici! Pouvons-nous aussi te confier notre fils Aurel pour quelques heures? A huit ans, il est bien jeune pour nous suivre inutilement à droite et à gauche.
– Bien sûr! répond Genovieva en posant sa main sur l'épaule de l'enfant. Viens, Aurel, tu verras, nous allons bien nous entendre! Aurel reste donc seul avec Genovieva. Les voilà déjà grands amis. Ah! si les choses pouvaient aller aussi vite, pour l'appartement! Mais plusieurs jours de suite, Aurel doit attendre à l'église, en compagnie de Genovieva.

– Demain, nous devons encore faire certaines démarches, dit un soir le jeune pasteur. Pouvons-nous de nouveau te confier Aurel?
Genovieva semble hésiter un peu.
– Je... je le prendrais bien avec moi... mais ce ne serait pas prudent. Je dois faire une visite à Magdalena. C'est une chrétienne. Elle a parlé de la Bible à des voisins. Et tout à coup, on l'a internée à l'hôpital psychiatrique! Elle y est depuis quinze jours. Elle doit se sentir bien seule...
– Alors vas-y, Genovieva! Ta visite lui fera, du bien. Et pour Aurel... Nous l'amènerons à l'église. Il t'attendra là, avec un livre d'images... D'accord, Aurel?

– D'accord! dit l'enfant.
– Et moi, ajoute Genovieva, je vais partir assez tôt, pour être de retour dès que possible.

Prudente, le lendemain Genovieva se rend à l'hôpital. Que de tristes souvenirs ces longs couloirs lui rappellent! Mais elle est si heureuse de retrouver Magdalena.
– Sais-tu ce qui me coûte le plus? entend-elle, chuchoté à voix basse. Quand ils m'ont emmené, je n'ai pas pu emporter ma Bible. Je me répète des versets que je connais par cœur, mais j'aimerais tant pouvoir lire ma Bible, même en cachette!
Genovieva s'assure que personne ne puisse l'entendre. Alors, dans un souffle, elle partage un secret
– Ecoute, Magdalena! Pour venir ici, j'ai caché dans ce sac ma Bible personnelle. Je pensais que nous trouverions peut-être un coin à l'écart pour lire un Psaume ensemble. Cette Bible, je te la donne. Elle t'encouragera.
Magdalena doit faire un gros effort pour retenir ses larmes
– Dès que possible, nous nous reverrons, ajoute Genovieva en embrassant son amie. Que Dieu te garde! Maintenant je file, car le petit Aurel doit m'attendre.

- Alors, Aurel, tu ne t'es pas trop ennuyé? s'empresse de demander Genovieva quand elle est de retour.
– Ca va, répond l'enfant, mais je suis content que tu sois là. Tu sais pourquoi? J'ai faim. Tu me donnes à manger?
Aïe! Genovieva ne s'attendait pas à cela, elle qui n'a plus rien. La dernière pomme, elle l'a finie ce matin!
– Ecoute, Aurel! Il faut que j'aille t'acheter un peu de pain. Mais tu devras m'attendre encore une fois.
– Tant pis, puisque j'ai très faim!

Devant la boulangerie, il y a une longue queue. Il faut de la patience! Chacun doit en avoir, même Aurel...
– Enfin me voilà! crie gaiement Genovieva en ouvrant la porte. Regarde ce beau pain! Mais où es-tu, Aurel? L'enfant ne répond pas...
– Aurel! Ah! tu joues à cache-cache ? Viens vite, on va manger!
Mais l'enfant ne vient pas...
– Attends, je vais te trouver. Tu te caches sous un banc... Non! Alors derrière le rideau... Tu n'es pas là non plus... Aurel! On arrête le jeu! Allons, montre-toi vite!
Mais personne ne bouge.
– Où donc est-il passé? se demande Genovieva, inquiète. On me l'a confié. J'en suis responsable! Aurait-il eu envie de partir à ma rencontre? Se serait-il trompé de rue? Il est peut-être en train de pleurer dans un coin. Et la nuit tombe! Si quelqu'un trouve cet enfant, alerte la police... non, non, il ne faut pas! Seigneur! Je t'en supplie, dis-moi donc où il est!
Déjà, Genovieva est dehors. Elle court jusqu'à la boulangerie. La queue y est toujours, mais pas d'Aurel.

Dans la rue voisine... mais elle ne le voit pas. Elle revient sur ses pas, elle dépasse l'église, il n'est pas non plus là! Deux fois, trois fois Genovieva fait le tour du quartier. Il est déjà 20h30, et toujours pas trace d'Aurel! Soudain, c'est curieux... Genovieva a le sentiment qu'elle doit vite retourner à l'église. Oui, c'est ce qu'elle va faire. Elle se hâte, arrive au but, s'arrête, pousse la porte, et... frémit de frayeur.
Trois hommes sont devant elle!
– La Securitate! pense-t-elle aussitôt, tandis que, dans son coeur, elle supplie le Seigneur de l'aider.
La réponse est immédiate:
– Hello! Etes-vous Genovieva? entend-elle en anglais. Je m'appelle Stephen, et ce sont mes amis!
Ce n'est pas un langage de policier. Et ce sympathique jeune homme n'a rien d'un membre de la Securitate. Alors...
Quelle émotion quand Genovieva entend ces mots:
– Ecoutez! Nous sommes chrétiens. Nous venons de l'étranger. Nous passons seulement dans votre ville. Mais on nous a donné l'adresse de cette église. Savez-vous ce que nous apportons? Quarante Bibles! Où pouvons-nous les déposer?
– Quarante Bibles! répète Genovieva en pensant à la sienne, laissée à Magdalena.
Dieu n'a pas permis qu'elle-même soit privée de sa précieuse Parole. Oh, qu'il est merveilleux! Mais le petit Aurel... Vite Genovieva partage son souci avec ces amis.
– Attendez! dit l'un d'eux. J'ai vu un billet collé à l'intérieur de la porte. Ne serait-ce pas un message pour vous? On regarde. Voilà ce qu'on y lit:

"Chère Genovieva, je suis passé pour reprendre mon fils. Il m'a dit que tu cherchais du pain. Je te laisse donc ce petit mot, avec un grand merci!" Quel soulagement pour Genovieva!

Texte: Samuel Grandjean


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