20 ans bible ouverte

 

Le choeur de Sion

Genovieva 13e épisode

– Merci, Genovieva! Ces chants étaient merveilleux!
– Quelle belle fête de Noël!
– Les enfants ont si bien chanté... et tout par coeur!
– Nous n'avions jamais entendu ces beaux chants...
– Les paroles sont si simples!
– En tout cas, tu devrais continuer, Genovieva!

Après la fête, tout cela notre amie l'a entendu. Les enfants avaient bien gardé leur secret. Leurs chants étaient donc une grande surprise pour tous les participants.
– Tu devrais continuer... Cette phrase, Genovieva ne l'a pas oubliée. Elle aussi a l'impression qu'il serait dommage de s'arrêter là. Elle voudrait bien continuer, mais il lui manque le plus important. Quoi? Ne peut-elle plus compter sur ces enfants? Ce n'est pas cela: ils ont toujours le même enthousiasme.
– Alors... que te manque-t-il, Genovieva?

– D'autres chants, tout simplement. Ceux de Noël, je les ai trouvés dans ma cassette de cantiques anglais... et je les ai traduits.

– Mais ces chants, soupire Genovieva, les enfants les savent déjà tous, maintenant. Et je n'ai pas d'autre cassette... Depuis des semaines, je me creuse la tête pour trouver une solution. Et l'insistance des enfants me pousse aussi à prier. Ah! Je me réjouis de voir comment Dieu va répondre...

Ce soir, dans l'église qui lui sert toujours de refuge, Genovieva est pressée de reprendre son "travail". Plusieurs fois elle a regardé sa montre, en avalant son maigre repas: deux pommes, une tranche de pain! Sur sa table on voit deux appareils: un petit poste de radio, et le cassettophone. Patiemment, Genovieva tourne le bouton de sa radio... Voici des nouvelles en grec. Et voilà de la réclame en allemand. Ici... les ondes sont perturbées. Là, une recette de cuisine est donnée en français...
– Mais Genovieva! Tu ne comprends que le roumain et l'anglais. Pourquoi donc t'acharnes-tu pendant des heures à capter des postes étrangers?

Genovieva a son secret. Qui sait si, aujourd'hui comme l'autre soir, elle ne va pas tomber sur une émission chrétienne? Peu lui importera que ce soit en italien, en espagnol ou en allemand... pourvu qu'il y ait au moins un cantique. Alors vite elle pressera sur la touche de son enregistreur. Ensuite, elle aura tout le temps de réécouter, puis d'apprendre la mélodie pour écrire des paroles en roumain. Bien sûr, elle devrait commencer par demander la permission d'utiliser cette jolie mélodie. Mais à qui pourrait-elle s'adresser? Elle ne comprend qu'une chose: ce chant est un cantique...

– Venez, petits amis! peut enfin s'écrier Genovieva. Il y a beaucoup de nouveaux chants!
Les enfants n'attendaient que cela. Avec joie ils retrouvent Genovieva un dimanche après-midi, puis la semaine suivante. Ainsi, sans éclat, un choeur d'enfants se crée. Il lui faudrait un nom. Genovieva pense aux psaumes de David. Alors...
– On s'appellera "le choeur de Sion"! décide-t-elle aussitôt. Vous pouvez en faire partie si vous avez entre 6 et 16 ans. Mais surtout, il faut que vous ayez ouvert votre coeur à Dieu, et que vous ayez le courage de dire à quelqu'un que vous êtes chrétien. Vous devez aussi vous engager, en accord avec vos parents, à réserver le dimanche pour le Seigneur.
Si tu étais là-bas, toi qui lis ce récit, pourrais-tu faire partie du choeur de Sion ?

Désormais, le dimanche matin, pendant le culte des parents, les enfants se réunissent dans un vieux bûcher derrière l'église. Avec Genovieva, ils étudient la Bible, ils apprennent à prier... Mais que se passe-t-il au bout de quelques mois?

Le nombre d'enfants grandit, et l'espace est restreint. Alors ils doivent venir à tour de rôle: vingt un dimanche matin, vingt autres le dimanche suivant. L'après-midi, tous se retrouvent dans l'église pour apprendre ou répéter les chants. Et dans la soirée, ils chantent pour le public. Teodor, le frère de Genovieva, joue de l'harmonium, Silvia et Nelu accompagnent à la guitare. Les enfants sont heureux. Ils chantent tout par coeur. Parfois, entre deux chants, l'un d'eux récite un psaume ou dit une poésie.

En cachette, Genovieva continue de capter des émissions chrétiennes, de faire des paroles et d'enseigner les chants.
– Surtout, sois très prudente! lui dit-on parfois. Si les terribles agents de la Securitate savaient ce que tu fais, tu serais vite jetée en prison, au moins pour vingt ans!
– Je sais, je sais. Mais je fais très attention. Jamais je n'oublie de cacher soigneusement mes appareils et surtout les feuilles de paroles!

Les mois passent. Tous les enfants grandissent, mais chacun persévère.

A présent, chaque dimanche soir l'église se remplit. Bientôt, il n'y a plus de place. Il faut laisser portes et fenêtres ouvertes pour ceux qui doivent rester dehors. Même les gens des maisons voisines ont pris l'habitude d'ouvrir leurs fenêtres le dimanche soir.

Maintenant, le répertoire compte 150 chants! Les mélodies sont venues d'Angleterre, de France, d'Italie, d'Israël, d'Amérique, d'Australie, et même de Nouvelle-Zélande! Quelle variété! Mais tous ces chants se ressemblent en ceci: tous ils parlent de Dieu, et sont entonnés avec joie en roumain.

Les chrétiens de la ville, et même ceux de plus loin, commencent à parler du choeur de Sion. Alors...

Un jour, Genovieva reçoit une lettre: "Notre église aimerait aussi entendre ces enfants. Si vous pouvez venir, nous vous invitons tous. Nous ne sommes pas riches, mais nous nous chargerons des frais de voyage. S'il vous plaît, venez nous visiter!"
N'est-ce pas dangereux d'envisager cela avec tous ces enfants? Et si Genovieva les accompagne, ne prend-elle pas de gros risques pour elle-même? Oui, tout cela est vrai. Mais c'est pour Dieu qu'ils partent. Il peut les protéger. Ainsi le choeur de Sion entreprend quelques premiers déplacements, en essayant toutefois de ne pas trop attirer l'attention.

Texte: Samuel Grandjean


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